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Accès à la CAA : installation, contacteur, commande oculaire
Accès à la CAA : installation, contacteur, commande oculaire
Alexandros

Écrit par Alexandros SIDIRAS GALANTE le lundi 28 septembre 2026, mis à jour le jeudi 15 octobre 2026

Temps de lecture estimé ~ 9 minutes

Quand le corps répond difficilement, la première question n'est pas « quels mots ? » mais « comment la personne va-t-elle les choisir ? ». Le moyen d'accès (le doigt, la main, un contacteur, le regard, un partenaire qui propose les options) décide de la taille des cases, de leur nombre et de leur disposition. La démarche (Beukelman & Light, 2020) : installer la personne, essayer la sélection directe, puis le défilement, et garder une solution sans technologie.

Qui est concerné ?

Dans la paralysie cérébrale, le type d'atteinte motrice oriente l'accès :

  • forme spastique : raideur musculaire, mouvements limités ;
  • forme dyskinétique : mouvements involontaires, tonus qui varie au cours de la journée ;
  • forme ataxique : troubles de l'équilibre et de la précision.

Troubles visuels d'origine cérébrale, épilepsie et déficience intellectuelle sont fréquents. À 4 ans, 32 % des enfants avec une paralysie cérébrale n'avaient pas de parole (Hustad et al., 2010) ; d'autres ne sont bien compris que de leurs proches.

En France, le polyhandicap est défini comme la conséquence d'un dysfonctionnement cérébral précoce : de graves perturbations de la motricité, de la perception, des capacités cognitives et de la relation avec l'entourage, avec une très grande vulnérabilité (décret du 9 mai 2017).

Aucun prérequis : personne n'est « trop atteint » pour communiquer (voir Les idées reçues sur la CAA).

Commencer par l'installation

Avant de régler une tablette, on règle la position de la personne. Une bonne installation améliore la précision sur les cibles de CAA (Costigan & Light, 2010). L'ergothérapeute et le kinésithérapeute sont des partenaires essentiels.

  • Angle de l'écran : à plat, il soutient le bras ; entre 30 et 45°, c'est un compromis courant ; plus redressé pour un pointeur lumineux ou frontal ; proche de la verticale pour la commande oculaire ou le suivi de la tête.
  • Réflexes : si tourner la tête déclenche un mouvement du bras (réflexe tonique asymétrique du cou), l'écran se place au milieu. Si baisser la tête déclenche des mouvements des membres (réflexe tonique symétrique), il se place à hauteur des yeux.
  • Côté le plus habile : les mots fréquents et les petites cibles vont du côté où le contrôle moteur est le meilleur.

Quelle méthode d'accès choisir ?

  • ToucherLe doigt ou la main, directement sur l'écran
  • ContacteurLes options défilent, un appui choisit
  • RegardUne caméra suit les yeux
  • TêteUn pointeur ou une caméra suit ses mouvements
La meilleure méthode peut changer selon l'heure, la fatigue, la position et l'aidant.

La sélection directe d'abord

On évalue d'abord la sélection directe, en essayant dans l'ordre : la main ou le bras, puis les yeux, puis la tête ou le visage, puis le pied ou la jambe. Quand le geste est imprécis, les outils spécialisés proposent :

  • temps d'appui : la case n'est validée qu'après un appui prolongé, ce qui évite les sélections accidentelles ;
  • activation au relâchement : on pose le doigt, on glisse, et la case est choisie quand on lève le doigt ;
  • activation moyenne : l'outil retient la case touchée le plus longtemps ;
  • guide-doigts : une plaque percée posée sur l'écran, qui suppose une grille parfaitement stable.

Des cibles plus grandes veulent dire moins de cases par page : voir Organiser la grille.

Le défilement par contacteur

Quand la sélection directe est trop imprécise, lente ou fatigante, on passe au défilement (ou « balayage ») : les options s'éclairent l'une après l'autre et la personne appuie sur un contacteur au bon moment. C'est plus lent et plus long à apprendre.

ModeFonctionnementPour qui
AutomatiqueLa sélection avance seule ; un appui validePersonnes qui ont du mal à maintenir un appui
DirigéOn maintient le contacteur pour avancer, on relâche pour validerPersonnes qui appuient par accident en attendant
Pas à pasChaque appui avance d'une caseRarement sur la durée : très fatigant

L'ordre de défilement est un choix de vocabulaire : les messages urgents et fréquents passent en premier. Animer la case éclairée a aidé de jeunes enfants à apprendre (McCarthy et al., 2006).

Pictalk Buddy propose un défilement simple : ligne par ligne, puis case par case, validé par un contacteur, la touche Espace ou Entrée, ou un bouton de manette. La vitesse se règle, ainsi qu'une « Durée d'appui minimale », l'activation au relâchement et l'option « Ignorer les appuis rapprochés ». La compatibilité avec les fonctions d'accès du système (Contrôle de sélection, Switch Access) n'a pas été testée. Buddy n'a pas de commande oculaire.

  1. La ligneLes lignes s'éclairent l'une après l'autre ; un appui choisit la bonne
  2. La caseLes cases de cette ligne s'éclairent ; un nouvel appui valide
Le défilement ligne puis case : deux appuis pour choisir un pictogramme.

Le partenaire, et plusieurs méthodes selon le moment

Sans technologie, le partenaire énonce ou montre les options une par une, et la personne fait un signe quand la bonne arrive : un secours précieux, parfois la solution principale. La meilleure méthode varie selon l'heure, la fatigue, la position et l'aidant : la commande oculaire au fauteuil, le balayage par le partenaire au lit. Ajuster les réglages à partir de données améliore la vitesse, même après un réglage d'expert (Koester & Simpson, 2014, 2019).

Tenir compte de la vision

Pour les personnes avec un trouble visuel d'origine cérébrale, Beukelman et Light (2020) recommandent : un fond sombre, peu de symboles, des couleurs saturées (rouge, jaune), de vraies photos, peu d'éléments autour, des positions stables, et du temps pour regarder. La vision peut fluctuer, et parfois s'améliorer. Les couleurs de fond par type de mot ne remplacent pas le contraste (voir le code couleur Fitzgerald).

La commande oculaire : ce qu'il faut savoir

Comment ça marche ?

Une caméra placée sous l'écran suit le regard, après une calibration où la personne suit des points. Pour valider une case, trois options : le temps de fixation, le clignement volontaire, ou un contacteur. On peut aussi combiner : le regard choisit une zone, un contacteur fait défiler les options à l'intérieur.

On l'envisage quand la main n'est pas assez précise, rapide ou endurante : dans la SLA, où les mouvements des yeux sont généralement préservés (voir La CAA chez l'adulte), dans le syndrome d'enfermement ou après un AVC du tronc cérébral, une fois qu'un oui/non fiable est en place, et chez certaines personnes avec une paralysie cérébrale ou un syndrome de Rett.

Quelles solutions existent ?

SolutionCe que c'estÀ savoir
Tableau oculaireLettres ou messages sur un cadre transparent ; dans l'« eye linking », le partenaire le déplace jusqu'à aligner ses yeux sur ceux de la personneNe coûte presque rien ; des personnes atteintes de SLA ont trouvé l'eye linking plus rapide (Roman et al., 2010)
Appareil dédiéTablette ou ordinateur de CAA avec caméra intégréeSouvent fourni avec un support pour fauteuil ou lit
Caméra ajoutéeCaméra séparée, sur un ordinateur Windows ou certaines tablettesPeut coûter moins cher, mais demande plus de réglages
Suivi du regard intégréSur les iPhone et iPad récents depuis 2024, avec la caméra frontalePrécision à évaluer au cas par cas face à une caméra dédiée
Suivi de la têteCaméra ou pointeur qui suit les mouvements de la têteQuand la tête est plus fiable que les yeux

Côté logiciels (prix de septembre 2026, hors appareil) :

  • TD Snap (Tobii Dynavox), sur iPad et Windows, se distingue pour la commande oculaire et équipe souvent les appareils dédiés de la marque. 9,99 €/mois, plus 4,99 €/mois par module. Voir Alternative à TD Snap.
  • Grid (Smartbox) est la référence pour les accès difficiles (regard, contacteurs, joystick, tête) ; sur Windows, Grid 3 pilote aussi l'ordinateur et l'environnement. 11,99 €/mois ou 299,99 € sur iPad, environ 550 £ HT pour Grid 3. Voir Alternative à Grid.

Les réglages qui font la différence

  • La calibration, à refaire quand la position change.
  • Le temps de fixation : trop court, il provoque des sélections involontaires ; trop long, il fatigue.
  • La taille des cases : le regard demande en général des cibles plus grandes, donc moins de cases par page.
  • La lumière : un soleil direct ou un reflet peut gêner la caméra.

Toujours un plan B

Les caméras oculaires fonctionnent mal quand la personne est allongée. Dans une clinique spécialisée dans la SLA, les trois quarts des utilisateurs de commande oculaire utilisaient aussi une méthode lue par un proche, au lit, dans la salle de bain ou en voiture. Prévoyez un système principal riche, un petit jeu de messages de soins pour le lit ou la toilette, et un signal oui/non affiché et connu de tous.

Essayer, puis financer

  1. Tester une solution à la fois, sur plusieurs semaines (voir Choisir son outil).
  2. Configurer entièrement l'outil pour une situation prioritaire avant de le juger.
  3. Observer la précision, la vitesse, la fatigue, et surtout la préférence de la personne : respecter son choix favorise l'apprentissage (van der Meer et al., 2011).
  4. Se méfier d'un biais courant : choisir le système que le professionnel connaît le mieux.

Une solution complète coûte souvent plusieurs milliers d'euros. En France, elle se finance surtout par la MDPH, avec la PCH au titre des aides techniques : voir Financer la CAA.

Polyhandicap : lire et construire les signaux

Beaucoup de personnes polyhandicapées communiquent par des signaux très personnels (un regard, une vocalisation, un mouvement), sans symboles. Les repères de Beukelman et Light (2020) :

  • Répondre à chaque signal comme s'il était voulu : le nommer, y répondre, puis montrer une forme plus conventionnelle.
  • Distinguer réflexe et intention. Une rotation de tête provoquée par un réflexe n'est pas un refus. Une intention se reconnaît souvent à l'insistance, au changement de stratégie et à l'orientation vers le partenaire.
  • Accepter ou refuser n'est pas répondre oui ou non. Accepter ou refuser une proposition (« tu veux du jus ? ») vient tôt ; confirmer un fait (« c'est un chien ? ») vient beaucoup plus tard.
  • Proposer des choix progressifs : un objet à accepter ou refuser, puis deux objets bien espacés, puis davantage.
  • Utiliser des objets réels ou des symboles tactiles quand les images ne sont pas encore comprises.

Notez chaque signal, sa signification et la réponse attendue dans un dictionnaire des signaux, affiché là où vit la personne : voir Se présenter et se faire comprendre. En établissement, la CAA fait désormais l'objet d'attentes nationales : voir Obligation CAA en ESMS.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour maîtriser la commande oculaire ?

Un utilisateur expert a estimé avoir eu besoin d'environ 96 heures de pratique, alors que la formation habituelle à un appareil dure 2 à 6 heures (Horton et al., 2001). L'entourage doit aussi être formé.

Faut-il tout réapprendre quand l'accès change ?

Pas si le vocabulaire reste le même : idéalement, les mots gardent leur place quand on passe du toucher au contacteur, puis au regard, comme dans la SLA où l'accès change avec la maladie.

Pictalk Buddy réunit tableaux de CAA, agenda visuel, séquences guidées et cahiers de vie, avec les mêmes pictogrammes, sur Android, iOS, le web et la montre. Application à prix libre, développée par une association. Découvrir Buddy

Sources

  • Beukelman, D. R. & Light, J. C., 2020, Augmentative & Alternative Communication (5e éd.), Paul H. Brookes, chapitres 2, 7, 8, 9, 10 et 14.
  • Études citées d'après Beukelman & Light (2020) : Hustad et al. (2010) ; Costigan & Light (2010) ; McCarthy et al. (2006) ; Koester & Simpson (2014, 2019) ; Roman et al. (2010) ; van der Meer et al. (2011) ; Horton et al. (2001).
  • Décret du 9 mai 2017 (définition du polyhandicap), Journal officiel.
  • Sites officiels de Tobii Dynavox, Smartbox, AssistiveWare et Avaz, et App Store français, consultés en septembre et octobre 2026.

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