Une personne qui ne peut pas dire « j'ai mal au ventre », « ne me touche pas » ou « quelqu'un m'a fait du mal » dépend entièrement de la capacité des autres à deviner. Ces mots sont pourtant les plus souvent absents des tableaux de communication. Voici lesquels proposer, comment les introduire à tout âge, et comment réagir quand la personne s'en sert.
Pourquoi ces mots sont indispensables
- Dans une enquête auprès de 40 adultes utilisant la CAA, 45 % avaient subi un crime ou une maltraitance, et seulement 28 % l'avaient signalé à la police (Bryen, Carey & Frantz, 2003).
- Les personnes en situation de handicap sont exposées à un risque de violences sexuelles environ cinq fois plus élevé (Nixon et al., 2017).
- Pour six domaines de la vie adulte (dont la sexualité, la santé, le signalement d'un crime et la relation avec les aidants), seuls 55 % environ des mots jugés nécessaires par des utilisateurs et des professionnels existaient dans les ensembles de symboles disponibles (Bryen, 2008).
Retirer ces mots « pour protéger » la personne produit l'effet inverse : elle n'a plus aucun moyen de dire ce qui lui arrive. Les cliniciens considèrent d'ailleurs l'absence de vocabulaire sur le corps, la sexualité ou la maltraitance comme un signal d'alerte dans un système de CAA.
Quels mots du corps proposer ?
Un vocabulaire du corps complet va de la tête aux pieds et inclut les parties intimes, avec leurs vrais noms : vulve, pénis, testicules, fesses, seins, anus. Les mots enfantins ou les périphrases compliquent la compréhension par un médecin, un enseignant ou un enquêteur.
| Pour dire | Exemples |
|---|---|
| Où | droite, gauche |
| Les sensations | ça pique, ça brûle, ça gratte, ça serre, ça lance, j'ai des fourmis |
| Les états | j'ai envie de vomir, j'ai la tête qui tourne, je saigne, je n'arrive pas à respirer |
| Les soins | médicament, piqûre, prise de sang, pansement, médecin, dentiste |
Apprenez ces mots dans les moments réels : l'habillage, le bain, un petit bobo, une visite chez le médecin. Nommez calmement la partie du corps en la montrant sur l'outil, comme n'importe quel autre mot (voir Modéliser, attendre, répondre).
Dire qu'on a mal : où, combien, depuis quand
Où ?La partie du corps qui fait mal
Combien ?Un peu, beaucoup, ou de 0 à 10
Depuis quand ?Depuis ce matin, quand je bouge…
- Où ? « J'ai mal » ouvre une page avec les parties du corps : la tête, les dents, le ventre, le dos, et aussi les parties intimes.
- Combien ? Une échelle de 0 à 10, avec des repères en mots (un peu mal, très mal).
- Depuis quand, et quand ? Depuis ce matin, depuis hier, quand je bouge, quand on touche, quand je fais pipi.
Une échelle chiffrée n'est pas comprise par tout le monde. Pour les plus jeunes ou les personnes qui ne manient pas encore les nombres, commencez par « un peu / beaucoup » et appuyez-vous sur les signaux habituels de la personne (grimace, agitation, retrait), que la famille peut décrire dans une carte « Comment me parler ». Des planches à imprimer sont disponibles sur la page de ressources.
Comment enseigner le consentement ?
Le consentement commence bien avant les questions de sexualité. Un jeune enfant peut déjà signaler que la cuillère arrive trop vite, qu'il ne veut pas de bisou, qu'il préfère se laver seul. Les auteurs recommandent de commencer tôt et d'enseigner à la fois les mots et la façon de s'en servir (Lever, 2003).
- « Mon corps est à moi. »
- « Demande-moi d'abord. »
- « Ne me touche pas. » / « J'ai dit non. »
- « Je ne veux pas de bisou. » / « Je ne veux pas de câlin. »
- « C'est privé. » / « Ferme la porte. » / « Frappe avant d'entrer. »
- « Je veux le faire seul. » / « Je veux un adulte que je choisis. »
Un mot n'a de valeur que s'il est respecté : quand la personne dit stop ou non, les adultes arrêtent, immédiatement et à chaque fois, sauf danger. Quand un refus ne peut pas être accepté (un médicament, un soin indispensable), laissez-lui du contrôle sur le reste : avec quelle boisson, dans quel ordre, avec quel objet rassurant.
Signaler, et être cru
La personne doit disposer de phrases pour raconter ce qui s'est passé et demander de l'aide :
- « Quelqu'un m'a fait mal. » / « Quelqu'un m'a touché. »
- « On m'a dit de garder un secret. » / « On m'a demandé des photos. »
- « On se moque de moi. » / « On me harcèle. » / « Sur internet. »
- « Je veux en parler à quelqu'un. » / « Je veux le signaler. »
- « Crois-moi. » / « Ce n'est pas ma faute. »
Ajoutez les mots pour dire qui (les personnes de son entourage), où (les lieux) et quand.
Des scripts d'autodéfense pour les adolescents et les adultes
Plus d'autonomie, c'est aussi plus de situations où il faut se défendre seul. Préparez des scripts progressifs, à utiliser dans cet ordre :
- une demande polie (« Arrêtez, s'il vous plaît. ») ;
- le rappel de la règle (« Vous devez me demander d'abord. ») ;
- la demande d'un responsable (« Je veux parler au responsable. ») ;
- « Je vais le signaler. »
Si une personne vous confie quelque chose
Écoutez-la, laissez-lui le temps de composer son message, ne lui soufflez pas les réponses et notez ses mots exacts. En France :
- 119 (Allô enfance en danger) : signalements concernant les mineurs ;
- 114 (Urgence 114) : joindre les secours par SMS, tchat ou visio, pour les personnes qui ont des difficultés à parler ou à entendre ;
- 17 ou 112 : danger immédiat.
Intimité, puberté et vie affective
L'adolescence apporte de nouveaux besoins : parler des règles, des changements du corps, de l'hygiène intime, des sentiments amoureux. Ce vocabulaire s'adapte à l'âge réel de la personne, pas à un âge de développement supposé : « j'ai mes règles », « mon corps change », « j'ai une question sur mon corps », « je suis amoureux ».
Chaque famille a ses valeurs, et il est normal d'en discuter en équipe. Mais une personne doit toujours pouvoir poser une question sur son corps, dire ce qu'elle ressent et dire non. Les adolescents et les adultes décident eux-mêmes des mots qu'ils gardent et de ce qu'ils partagent avec leurs proches (voir Adolescence et âge adulte).
Comment protéger ces mots dans l'outil ?
- Placez-les à portée immédiate : un accès à la douleur et à l'aide depuis chaque page. Dans les vocabulaires Pictalk, « ça ne va pas » (Tremplin 48), « j'ai mal » (Horizon 80), « aide-moi » et « stop » (Essentiel 24) restent visibles sur chaque page ; Tremplin 48 a aussi une page « Intimité » et Horizon 80 une page « Sécurité ».
- Ne les déplacez pas : un mot qui garde sa place se retrouve même sous le coup de l'émotion (voir Organiser la grille).
- Ne les supprimez pas sans en parler avec la personne et l'équipe. Si un mot met un adulte mal à l'aise, c'est souvent le signe qu'il faut en parler, pas qu'il faut l'effacer.
- Prévoyez un double papier pour la salle de bain et les soins, là où la tablette ne va pas.
Pour le médecin et l'hôpital, préparez aussi un passeport santé : voir Se présenter et se faire comprendre.
Questions fréquentes
À partir de quel âge introduire le vocabulaire du consentement ?
Dès le plus jeune âge, avec des mots simples : stop, non, pas de bisou, demande-moi. Le vocabulaire s'enrichit ensuite avec l'âge.
Ces mots ne risquent-ils pas de choquer à l'école ?
Expliquez à l'équipe pourquoi ils sont là : ils protègent l'élève. Ils s'utilisent avec sérieux, comme les autres mots de santé.
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Sources
- Beukelman, D. R. & Light, J. C., 2020, Augmentative & Alternative Communication (5e éd.), Paul H. Brookes, chapitres 5, 11 et 13.
- Études citées d'après Beukelman & Light (2020) : Bryen, Carey & Frantz (2003) ; Bryen (2008) ; Nixon et al. (2017) ; Lever (2003).