Vous voulez fabriquer un tableau pour le goûter, la boulangerie ou l'histoire du soir ? Partez d'une activité réelle, choisissez des mots de plusieurs types, placez-les pour qu'ils ne bougent plus, puis testez deux semaines avant de juger. Voici les étapes, sur papier ou dans une application, et deux exemples.
Tableau d'activité, tableau de livre, vocabulaire complet : lequel fabriquer ?
- Le tableau d'activité : une page pour un moment précis (le bain, le repas, la voiture, la boulangerie), affichée là où il se passe.
- Le tableau de livre : une page pour accompagner la lecture d'un album précis.
- Le vocabulaire complet (classeur ou application) : des dizaines de pages reliées, avec des mots de base stables. C'est l'outil principal de la personne.
Les deux premiers, faciles à fabriquer, complètent le vocabulaire complet sans le remplacer : lui seul permet de tout dire, partout.
Partir d'une activitéUn moment de vie fréquent et motivant
Collecter les motsInterroger l'entourage, puis trier
Disposer et illustrerDes places fixes, des pictogrammes ou des photos
Fabriquer et testerUne à deux semaines avant de juger
Étape 1 : partir d'une activité réelle
Ne commencez pas par une liste de mots, mais par un moment de vie. Pour chaque activité de la semaine, demandez-vous si la personne peut dire ce dont elle a besoin (Beukelman & Light, 2020) : celles où elle le peut le moins, et que la famille juge prioritaires, deviennent les premiers tableaux. Choisissez-en une fréquente et motivante : un tableau utilisé tous les jours vaut mieux que dix rangés dans un tiroir.
Étape 2 : collecter et trier les mots
Découpez l'activité en étapes et notez ce que disent les autres enfants ou adultes à chacune d'elles. Puis interrogez plusieurs personnes (parents, orthophoniste, enseignant, fratrie, la personne elle-même) : chacune apporte des mots que les autres oublient (Morrow et al., 1993).
Erreur fréquente : un tableau rempli de noms (pomme, jus, biscuit), qui permet d'étiqueter, pas de parler. Prévoyez sur chaque tableau :
- des petits mots fréquents : encore, fini, stop, aide-moi, pas, veux, regarde ;
- des verbes : manger, boire, ouvrir, verser, couper ;
- des mots pour décrire : chaud, froid, grand, petit, bon ;
- des noms de l'activité et des mots personnels : les prénoms, le doudou, le goûter préféré ;
- des mots sociaux et des réactions : miam, beurk, merci, à moi, à toi ;
- une question : c'est quoi ?
Puis triez : chaque mot coûte un effort d'apprentissage (Yorkston et al., 1990). Vérifiez que chaque mot est voulu, adapté à l'âge et à la culture : pour un adolescent, un pouce levé dira mieux « trop bien » qu'un smiley enfantin. La méthode complète est dans Quels mots mettre dans l'outil.
Étape 3 : disposer les cases
Certaines personnes ne gèrent que 2 à 4 cases, d'autres plusieurs dizaines ; beaucoup de premiers tableaux d'activité en comptent entre 8 et 24. Cela dépend de la vision, du geste et de l'attention (à évaluer avec un ergothérapeute ou un orthophoniste).
- Mettez les mots urgents (stop, aide-moi, j'ai mal) dans les zones les plus faciles d'accès.
- Gardez une bande de mots fixes identique sur tous vos tableaux, par exemple oui, non, encore, fini, aide-moi, stop.
- Ne déplacez jamais un mot appris : la main mémorise les emplacements.
- Commencez clairsemé : des cases vides et des symboles groupés en petits îlots ont aidé des personnes avec trisomie 21 à trouver les mots (Wilkinson et al., 2017). Remplissez les vides plus tard, sans rien déplacer.
- Rangez de gauche à droite dans l'ordre de la phrase (qui, action, quoi) si la personne commence à combiner.
Nombre de cases, positions fixes et couleurs par type de mot : voir Organiser la grille.
Étape 4 : choisir les images
- Pictogrammes : la banque ARASAAC, gratuite et très utilisée en France, en propose des milliers sous licence Creative Commons.
- Photos : pour les débutants, les personnes avec aphasie ou les objets très personnels (le doudou, la boulangerie du quartier), elles sont souvent plus faciles à reconnaître.
- Le mot écrit sous chaque image : il aide les partenaires et expose à l'écrit, sans suffire à apprendre à lire (voir CAA et lecture).
Mélanger les deux est possible. Aucun symbole n'est évident : même « encore » s'enseigne en situation.
Étape 5 : fabriquer et tester
- Imprimez en couleur (A4 ou A5), plastifiez, et prévoyez un double pour les activités salissantes.
- Affichez le tableau là où l'activité a lieu : sur le frigo, au bord de la baignoire, dans la voiture.
- Essayez-le une à deux semaines avant de juger, et ajoutez les mots manquants dans les cases vides, au moment où la personne en a besoin.
- Utilisez-le vous-même en parlant (voir Modéliser, attendre, répondre).
Exemple 1 : un tableau de boulangerie
Acheter son pain est un échange prévisible : on sait ce qui va se dire, et dans quel ordre. Un tableau de 12 à 20 cases peut suffire, rangé dans l'ordre de l'échange (Beukelman & Light, 2020) :
- Se présenter : bonjour ; « je parle avec ma tablette, merci de patienter ».
- Demander : je voudrais ; une baguette, un croissant, un pain au chocolat, son gâteau préféré.
- Préciser : un, deux, trois ; bien cuite.
- Confirmer ou réparer : oui, c'est ça ; ce n'est pas ça ; je n'ai pas compris ; attendez, s'il vous plaît.
- Payer : c'est combien ? ; je paie par carte.
- Remercier : merci, au revoir.
Ajoutez la bande fixe. Sur Tremplin 48, la page « Magasin » propose déjà des phrases au vouvoiement pour les commerçants, comme « vous pouvez répéter ? ». Pour les courses en autonomie, voir Adolescence et âge adulte.
Exemple 2 : un tableau de livre
Les livres apportent des mots que le quotidien n'offre pas (animaux sauvages, personnages imaginaires, émotions fortes). Le modèle de Beukelman et Light (2020), adapté à Boucle d'or et les trois ours :
- les personnages (Boucle d'or, papa ours, maman ours, bébé ours) et les questions qui ? quoi ? ;
- des verbes réutilisables : aller, manger, s'asseoir, casser, dormir, courir, pleurer ;
- des positions (dans, sur, dehors) et des émotions (content, triste, fâché, peur) ;
- des mots pour décrire : chaud, froid, parfait, grand, petit ;
- une exclamation (oh non !) et la phrase qui revient (« Qui a mangé ma soupe ? ») ;
- quelques cases vides.
Créer et imprimer un tableau dans Pictalk Buddy
- Dans la liste des vocabulaires, touchez « Créer » et donnez un nom. Dans « Affichage », choisissez une taille proposée, ou « Personnalisé » pour fixer lignes et colonnes, jusqu'à 30×30.
- Ajoutez vos mots avec les pictogrammes ARASAAC, Mulberry, Tawasol, Sclera, ParlerPictos, OpenMoji ou Makaton, ou vos photos. Laissez des cases vides.
- Si besoin, donnez une action à une case : appeler, envoyer un SMS ou un e-mail, ouvrir une carte ou une application, lancer une séquence.
- Pour le papier, ouvrez « Outils » > « Imprimer », puis « Imprimer la page » ou « Livret vocabulaire ».
Vous pouvez aussi personnaliser un vocabulaire Pictalk (Essentiel 24, Tremplin 48, Horizon 80) : remplir les cases « […] » avec les prénoms et photos de la famille, puis révéler des cases masquées au fil des progrès, sans que les autres mots bougent. Tout s'exporte au format ouvert OBZ.
Questions fréquentes
Faut-il sortir la tablette à la boulangerie ?
Pas forcément. Un téléphone, une montre ou une petite carte papier peuvent suffire pour une situation précise comme acheter son pain.
Existe-t-il des tableaux prêts à imprimer ?
Oui, sur notre page de ressources. Adaptez-les ensuite à la personne.
Pictalk Buddy réunit tableaux de CAA, agenda visuel, séquences guidées et cahiers de vie, avec les mêmes pictogrammes, sur Android, iOS, le web et la montre. Application à prix libre, développée par une association. Découvrir Buddy
Sources
- Beukelman, D. R., & Light, J. C., 2020, Augmentative & Alternative Communication (5e éd.), Paul H. Brookes, chapitres 2, 5, 6, 7 et 12.
- Études citées d'après Beukelman & Light (2020) : Morrow et al. (1993) ; Yorkston et al. (1990) ; Wilkinson et al. (2017).