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Au-delà des demandes : les fonctions de la communication et les phrases prêtes à l'emploi
Au-delà des demandes : les fonctions de la communication et les phrases prêtes à l'emploi
Alexandros

Écrit par Alexandros SIDIRAS GALANTE le lundi 28 septembre 2026, mis à jour le jeudi 15 octobre 2026

Temps de lecture estimé ~ 8 minutes

Votre enfant ne fait que demander avec sa tablette ? C'est une étape fréquente, mais demander n'est qu'une des raisons de communiquer : on parle aussi pour partager une nouvelle, faire rire, saluer, protester ou organiser ses pensées. L'outil doit couvrir toutes ces fonctions, avec des mots à assembler et des phrases prêtes à l'emploi.

Pourquoi communique-t-on ?

Janice Light (1988) distingue quatre grandes raisons de communiquer, auxquelles on ajoute souvent une cinquième, le dialogue intérieur. Chacune demande quelque chose de différent à l'outil.

FonctionExemplesCe qu'il faut à l'outil
Besoins et enviesBoire, aller aux toilettes, demander de l'aide, changer de positionDes messages rapides, précis, accessibles en un ou deux gestes
Transmettre une informationRaconter sa journée, répondre en classe, décrire un symptômeBeaucoup de mots, la possibilité de les combiner, et à terme l'écriture
Proximité socialeSaluer un ami, taquiner, consoler, blaguer, dire « je t'aime »De la variété, des émotions, de l'humour ; la vitesse compte moins
Politesse et usages sociauxS'il te plaît, merci, bonne journée, pardonDes formules prêtes à l'emploi, utilisables seul et rapidement
Dialogue intérieurFaire une liste, tenir un journal, planifier sa journéeDes agendas, des carnets, des aide-mémoire

Les besoins et envies, faciles à prévoir, envahissent les tableaux alors qu'ils ne sont qu'une petite partie de ce que nous disons. Pour le dialogue intérieur, l'agenda et les cahiers de vie de Buddy reprennent les pictogrammes du tableau (voir Supports visuels : agenda, séquences, minuteur).

Pourquoi un outil « tout demandes » ne suffit pas

Les programmes centrés uniquement sur les demandes produisent des communicateurs passifs, qui attendent qu'on leur propose quelque chose. C'est particulièrement documenté dans l'autisme (Light, Parsons & Drager, 2002). Le PECS a des preuves modérées à solides pour apprendre à demander, très peu pour commenter (Ganz et al., 2012) : voir PECS ou CAA robuste ?

Un vocabulaire mal ciblé peut aussi être rejeté : une jeune mère privée de parole, décrite comme « refusant la CAA », avait un carnet rempli de savon, de shampooing et de repas, alors qu'elle voulait jouer avec son bébé et renouer avec son mari (Light, 1997). Quand une personne « refuse » son outil, demandez-vous d'abord si son vocabulaire lui sert vraiment.

Quels mots pour couvrir plusieurs fonctions dès le début ?

Même un débutant peut couvrir cinq fonctions avec très peu de mots (Beukelman & Light, 2020) :

  • Demander : VEUX, ENCORE, S'IL TE PLAÎT, plus un choix ; AIDE-MOI.
  • Refuser : NON MERCI, FINI, STOP. Pouvoir refuser de façon acceptable réduit souvent les comportements-problèmes.
  • Commenter : MIAM, BEURK, OH LÀ LÀ, un bruit rigolo, une phrase répétée d'un livre.
  • Routines sociales : BONJOUR, AU REVOIR, TAPE-M'EN CINQ, les prénoms des copains.
  • Questionner : C'EST QUOI ? QUI ? OÙ ?
Cinq pictogrammes côte à côte : une main tendue vers une balle, une croix rouge, un visage qui se lèche les lèvres, une personne qui fait coucou de la main, un point d'interrogation.
Un mot par fonction : veux (demander), non merci (refuser), miam (commenter), bonjour (saluer), c'est quoi ? (questionner).

Ces mots s'apprennent en les voyant utilisés (voir Modéliser, attendre, répondre et Quels mots mettre dans l'outil).

Quels messages font vivre une conversation ?

Chaque étape d'une conversation (saluer, bavarder, échanger, conclure) a besoin de ses messages.

  • Les petites phrases sociales (« quoi de neuf ? », « ça va, la famille ? ») représentent environ la moitié des énoncés des enfants d'âge préscolaire, 39 % chez les adultes de 20 à 30 ans et encore 26 % entre 75 et 85 ans (Ball et al., 1999 ; King et al., 1995 ; Lasker et al., 1996).
  • Les questions posées à l'autre (« et toi ? », « c'était bien ton week-end ? ») permettent de mener la conversation en laissant l'autre parler. Des utilisateurs de 10 à 44 ans qui ont appris à les poser ont eu des conversations plus longues et plus agréables (Light et al., 1999).
  • Les réactions (« ah bon ? », « trop bien ! », « moi aussi ») demandent peu d'effort : les personnes qui prennent ces tours de parole facultatifs sont jugées plus compétentes (Light et al., 1997).
  • Se présenter à un inconnu améliore l'image qu'il se fait de la personne (Light & Binger, 1998) : voir la carte « Comment me parler ».
  • Réparer un malentendu (« ce n'est pas ce que je voulais dire ») : apprenez au moins deux façons de le faire, par exemple répéter ou changer de message (Halle, Brady & Drasgow, 2004).

Mots à assembler ou phrases stockées ?

Un bouton de CAA peut dire une lettre, un mot, un début de phrase ou un message complet (Beukelman & Light, 2020) :

UnitéAvantagesLimitesUtile pour
LettresOn peut tout direLent, fatigant, demande de savoir écrireLes mots nouveaux ou précis
MotsOn construit ses phrases, on apprend la grammairePlusieurs sélections par messageL'apprentissage du langage, la conversation libre
Débuts de phrase (« je veux », « c'est »)Rapides et souplesPrennent de la placeLes tournures fréquentes
Phrases entièresRapides, comprises par tous, au bon momentNe permettent pas de créerLes urgences, les réactions, les inconnus, les routines

La plupart des personnes ont besoin des deux : des mots pour construire et apprendre la langue, des phrases stockées pour la vitesse. Une phrase doit ressembler à une phrase, et ce qu'affiche le bouton doit correspondre à ce qu'il dit. Un enfant appuyait sur l'image de son chien, qui prononçait une phrase toute faite sur l'animal, alors qu'il voulait dire autre chose : sa mère a mis longtemps à comprendre (Light, 1997).

Comment ranger les phrases prêtes à l'emploi ?

Certaines méthodes organisent tout le vocabulaire selon l'intention de communication, comme PODD (Pragmatic Organisation Dynamic Display, Porter, 2007), très utilisée en classeurs et proposée dans TD Snap (en option) et Grid. Pour limiter les changements de page, elle répète certains mots à plusieurs endroits, ce qui va à l'encontre de gestes toujours identiques. Ce type d'organisation a encore été peu étudié (Beukelman & Light, 2020).

Les vocabulaires conçus par Pictalk (Essentiel 24, Tremplin 48, Horizon 80) font un autre choix : un noyau de mots qui ne bougent jamais (voir Organiser la grille), complété par des pages de phrases prêtes à l'emploi regroupées par fonction, les branches pragmatiques. Buddy propose aussi des vocabulaires d'approche pragmatique : CommuniKate 12 et 20, et Sequoia 15.

Page d'accueil du vocabulaire Essentiel 24 dans Pictalk Buddy, avec les cases « discuter », « ça ne va pas » et « questions » entourées.
Sur la page d'accueil d'Essentiel 24, les cases discuter, ça ne va pas et questions ouvrent les branches pragmatiques ; les mots du noyau, eux, ne bougent jamais.

Que contiennent les branches pragmatiques Pictalk ?

  • Discuter : « ça va ? », « j'ai quelque chose à dire », avec les sous-pages Réagir (« moi non plus », « raconte ! ») et Se faire comprendre (« tu peux répéter ? », « je n'ai pas le mot »).
  • Questions : des questions entières (« on rentre quand ? ») et les mots interrogatifs seuls. Dans Tremplin 48, « qui » et « où » se disent directement ; les pages Personnes et Lieux s'ouvrent depuis leur propre case, sur la même ligne.
  • Ça ne va pas : J'ai mal (où, puis combien, sur une échelle de 0 à 10 accompagnée de mots), Me calmer (« j'ai besoin d'une pause », « moins de bruit ») et des phrases de protection (« ne me touche pas », « je veux le signaler », « ce n'est pas ma faute »), dans la page Me protéger (Tremplin 48), Sécurité (Horizon 80) ou Ça ne va pas (Essentiel 24).
  • Autres branches : Me présenter et Copains (Tremplin 48 et Horizon 80), Expressions pour les ados (Horizon 80), Intimité, En classe et À table (Tremplin 48).

Les phrases de protection sont essentielles : 45 % des adultes utilisant la CAA interrogés dans une enquête avaient été victimes d'un délit ou de maltraitance (Bryen, Carey & Frantz, 2003) ; voir Corps, douleur, consentement. Le détail est sur la page des vocabulaires Pictalk, et des supports imprimables sur la page de ressources.

Comment enseigner une phrase prête à l'emploi ?

  1. Enseignez-la comme une stratégie : expliquez à quoi elle sert, montrez-la sur l'outil (« moi aussi ! », « et toi ? »), puis jouez la scène (Light & Binger, 1998).
  2. Personnalisez : ajoutez l'humour et les formules de la personne. Un ado ne salue pas comme un enfant de 5 ans.
  3. Gardez les mots à côté : chaque mot d'une phrase doit aussi exister seul dans le vocabulaire.
  4. Entraînez la réparation dans les vrais malentendus, sans jamais faire semblant de ne pas comprendre.

Votre outil couvre-t-il toutes les fonctions ?

Pour repérer les manques, vérifiez que la personne peut (d'après Beukelman & Light, 2020) :

  • attirer l'attention et appeler à l'aide, y compris loin de son outil ;
  • dire oui, non, je ne sais pas, refuser ou protester ;
  • commenter, donner son avis, dire ce qu'elle ressent et où elle a mal ;
  • poser des questions, saluer, bavarder et réagir à ce que dit l'autre ;
  • raconter une nouvelle ou un souvenir ;
  • se présenter et réparer un malentendu.

Comptez ensuite les cases par fonction : si les demandes en occupent la majorité, il est temps d'enrichir. Dans Buddy, le rapport de communication suit aussi les fonctions de communication utilisées, et s'imprime pour l'orthophoniste.

Questions fréquentes

Pourquoi une échelle de douleur de 0 à 10 ?

Elle permet de dire combien on a mal, pas seulement où, et les soignants la connaissent. Les mots associés (« un peu mal », « très mal ») aident ceux qui ne manient pas encore les nombres.

Peut-on ajouter ses propres phrases ?

Oui. Toutes les pages se modifient dans Buddy : ajoutez les formules de la personne dans les cases libres, sans déplacer les mots existants.

Pictalk Buddy réunit tableaux de CAA, agenda visuel, séquences guidées et cahiers de vie, avec les mêmes pictogrammes, sur Android, iOS, le web et la montre. Application à prix libre, développée par une association. Découvrir Buddy

Sources

  • Beukelman, D. R., & Light, J. C., 2020, Augmentative & Alternative Communication (5e éd.), Paul H. Brookes.
  • Light, J., 1988, « Interaction involving individuals using augmentative and alternative communication systems », Augmentative and Alternative Communication, 4(2), 66-82.
  • Études citées d'après Beukelman & Light (2020) : Light (1997) ; Light, Parsons & Drager (2002) ; Ganz et al. (2012) ; Ball et al. (1999) ; King et al. (1995) ; Lasker et al. (1996) ; Light et al. (1997, 1999) ; Light & Binger (1998) ; Halle, Brady & Drasgow (2004) ; Porter (2007) ; Bryen, Carey & Frantz (2003).

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