Votre enfant a 2, 3 ou 4 ans et ne parle pas, ou très peu, et vous vous demandez s'il faut s'inquiéter. Voici les repères officiels, qui consulter en France et quoi faire dès cette semaine. Le message principal : n'attendez ni les mots ni le diagnostic pour lui donner un moyen de communiquer.
Repères : ce qui est attendu, ce qui doit alerter
Chaque enfant a son rythme, et le langage ne se développe pas au jour près. Il existe pourtant des repères. Dans le développement typique, les premiers mots arrivent autour de 12 mois (Bloom, 2000, cité par Beukelman & Light, 2020). Les enfants commencent à assembler deux mots quand ils en connaissent une cinquantaine, en général entre 18 et 24 mois (Owens, 2005). Vers 3 ans, apparaissent les petites phrases à trois éléments.
La grille officielle « Détecter les signes d'un développement inhabituel chez les enfants de moins de 7 ans » cite notamment ces signes d'alerte pour le langage :
- ne pas dire spontanément cinq mots à 18 mois ;
- ne pas dire plus de dix mots, ou ne pas associer deux mots (« papa parti », « encore gâteau »), à 24 mois ;
- ne pas faire de petites phrases de trois mots, ou ne pas comprendre une consigne simple sans geste, à 3 ans ;
- un langage que des personnes extérieures à la famille ne comprennent pas à 4 ans ;
- et, à tout âge, une régression : des mots ou des gestes qui disparaissent.
La Haute Autorité de santé est très claire sur un point : quel que soit l'âge, l'inquiétude des parents est en soi un signe d'appel, qui justifie un examen attentif du développement. Il en va de même pour toute régression ou absence de progrès (HAS, 2020, Troubles du neurodéveloppement : repérage et orientation). Autrement dit, vous n'avez pas besoin d'« être sûr » pour demander un avis.
Qui consulter, et dans quel ordre ?
Voici les portes d'entrée les plus courantes en France.
Le médecinMédecin traitant, pédiatre ou PMI
L'auditionUn bilan à faire tôt
L'orthophonisteUn bilan prescrit par le médecin
La PCO TNDBilans et interventions, sans diagnostic
- Le médecin qui suit votre enfant (médecin traitant, pédiatre ou médecin de PMI). Parlez-lui de vos observations, avec des exemples concrets et, si possible, de courtes vidéos. La HAS recommande notamment une vigilance particulière lors de la consultation de 18 mois.
- Un bilan d'audition. Une surdité, même partielle ou fluctuante, peut freiner le langage. C'est un examen à faire tôt.
- Un bilan orthophonique, prescrit par le médecin. L'orthophoniste évalue la compréhension, l'expression, la communication non verbale, et peut proposer une rééducation et une CAA. Les délais sont souvent longs : inscrivez-vous sur plusieurs listes d'attente sans attendre.
- La plateforme de coordination et d'orientation (PCO TND). Elle s'adresse aux enfants de moins de 12 ans chez qui un professionnel repère des signes de trouble du neurodéveloppement. Aucun diagnostic n'est nécessaire : n'importe quel médecin peut orienter vers elle (généraliste, pédiatre, PMI, médecin scolaire). La PCO coordonne un parcours de bilans et d'interventions précoces (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, psychologie), financé pour une durée de 12 mois renouvelable, sans reste à charge pour la famille (handicap.gouv.fr).
- Les structures spécialisées : CAMSP (centre d'action médico-sociale précoce, pour les moins de 6 ans), CMPP, services hospitaliers de neuropédiatrie ou de pédopsychiatrie, centres ressources autisme. La PCO ou le médecin vous y orientera si besoin.
- La MDPH, plus tard, pour les droits (AEEH, PCH, scolarité). Le guide Financer la CAA détaille les démarches, et monparcourshandicap.gouv.fr centralise les informations officielles.
Si un diagnostic est posé, poursuivez avec Autisme et CAA ou Trisomie 21 et CAA.
N'attendez pas le diagnostic pour communiquer
Les bilans prennent des mois. Pendant ce temps, votre enfant a des choses à dire : il a faim, il a mal, il veut jouer, il veut que vous le regardiez. La communication alternative et améliorée (CAA) lui donne un moyen de le dire aujourd'hui, avec des pictogrammes, des photos, des gestes ou une application qui parle (Qu'est-ce que la CAA ?). La HAS va dans le même sens : lorsqu'un trouble du neurodéveloppement est suspecté, elle recommande de débuter les interventions sans attendre la confirmation du diagnostic.
- « Il est trop petit, il n'est pas prêt. » Il n'existe pas de prérequis, et les tout-petits en bénéficient : voir Les idées reçues sur la CAA.
- « S'il a des images, il ne fera plus d'effort pour parler. » Les études montrent que la CAA ne freine pas la parole et l'accompagne souvent : voir CAA et parole.
Cette semaine à la maison : la check-list
- Imprimez quelques pictogrammes. Pas besoin d'un appareil coûteux pour démarrer : quelques pictogrammes imprimés et plastifiés, posés là où les choses se passent (table, salle de bain, porte d'entrée), suffisent pour les premières semaines. Les pictogrammes ARASAAC sont gratuits.
- Choisissez des mots qui comptent pour lui (les prénoms de la famille, son doudou, ses aliments préférés, en photos de vos objets et de vos proches), plus quelques petits mots qui servent partout : encore, fini, stop, aide, veux, non. C'est le mélange des deux qui marche (Laubscher & Light, 2018). Liste et explications : Quels mots mettre dans l'outil.
- Montrez l'exemple. Quand vous lui parlez, touchez les pictogrammes correspondants sur son tableau (« encore des bulles ! ») : c'est la modélisation, la stratégie la mieux étayée par la recherche. Mode d'emploi : Modéliser, attendre, répondre.
- Attendez, puis répondez. Laissez un vrai silence de 5 à 10 secondes en le regardant, puis réagissez à toute tentative : un regard, un geste, un pictogramme touché « par hasard ».
- Pas seulement des demandes. Prévoyez de quoi dire « non », commenter (« beurk », « waouh ») ou appeler quelqu'un : Au-delà des demandes.
- Annoncez la suite en images. Un simple « d'abord / ensuite » (d'abord les chaussures, ensuite le parc) réduit souvent l'anxiété des transitions : Supports visuels : agenda, séquences, minuteur.
Une application sur téléphone ou tablette ajoute une voix, entendue par tous, même de loin : voir Choisir son outil : papier, tablette, essai. Les vocabulaires gratuits de Pictalk (Essentiel 24, Tremplin 48, Horizon 80) sont présentés sur leur page.
Gardez l'outil toujours à portée de main
Un enfant ne peut pas dire « j'ai soif » si son tableau est rangé dans un placard : l'outil le suit partout, comme sa voix.
- Un endroit fixe dans chaque pièce de vie, à hauteur de main.
- Une version papier plastifiée pour les moments où la tablette n'est pas pratique : le bain, la piscine, la pâte à modeler, la voiture.
Glissez la CAA dans les routines
Pas besoin de séances : les routines reviennent chaque jour, dans le même ordre, avec les mêmes mots : c'est idéal pour apprendre. Les jeunes enfants organisent d'ailleurs leurs mots par situations plutôt que par catégories (Fallon, Light & Achenbach, 2003). Choisissez une ou deux routines pour commencer, pas toutes à la fois.
| Routine | Mots à modéliser | Exemple de phrase |
|---|---|---|
| Lever et habillage | mettre, enlever, aide, encore, fini, froid | « On met le pull ? » |
| Repas | manger, boire, encore, fini, bon, pas bon, veux | « Tu veux encore ? » |
| Bain | eau, chaud, froid, ouvrir, fermer, stop, jouer | « L'eau est trop chaude ? » |
| Jeu | jouer, à moi, à toi, encore, regarde, tomber | « À toi de lancer ! » |
| Coucher | lire, livre, dormir, câlin, lumière, fini | « On lit encore une page ? » |
Certains mots reviennent partout : encore, fini, aide, veux. Ce sont les mots du vocabulaire de base ; gardez-les toujours au même endroit, pour que le geste devienne automatique (Organiser la grille). Ajoutez-y les mots personnels : le prénom de la petite sœur, le nom du chien, la marque des céréales préférées. Pour donner de vraies raisons de communiquer (une petite portion pour demander encore, un pot fermé un peu trop fort pour demander aide), voir les idées de Modéliser, attendre, répondre.
Une fiche pour les grands-parents, la nounou et les proches
Plus il y a de personnes qui utilisent l'outil, plus l'enfant le voit fonctionner. Préparez une fiche d'une page pour ceux qui le gardent :
- Où est son outil, et où sont les mots importants (encore, fini, aide, non, ses mots préférés).
- Comment montrer : parler normalement, en phrases complètes, et toucher un ou deux mots clés en même temps.
- Comment attendre : 5 à 10 secondes, en le regardant, sans finir sa phrase à sa place.
- Comment répondre : réagir à toute tentative, même approximative, sans exiger de mot oral.
- La règle : on ne range pas l'outil et on ne le retire jamais en punition.
Frères et sœurs sont souvent d'excellents modèles, surtout si on en fait un jeu. Pour expliquer les gestes et réactions propres à votre enfant, ajoutez un dictionnaire des signaux : voir Se présenter et se faire comprendre. Pour les supports imprimables, voir la page de ressources.
Faites vivre le vocabulaire
Un vocabulaire qui ne bouge plus finit dans un tiroir : l'absence de mise à jour est l'une des premières causes d'abandon des outils (Johnson et al., 2006). Ajoutez les mots au moment où ils deviennent utiles : le nouveau copain, la sortie au zoo de samedi, le dessin animé du moment. Une photo prise avec le téléphone suffit. Dans les vocabulaires Pictalk, des cases vides et des cases masquées sont prévues pour grandir sans rien déplacer.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- Attendre « de voir ». Le temps passé sans moyen de communiquer ne se rattrape pas facilement.
- Faire passer des tests (« montre-moi le chien ») au lieu de vraies conversations.
- Ranger l'outil pour qu'il ne s'abîme pas, ou le retirer en punition : c'est sa voix.
- Exiger un mot oral avant de répondre à un pictogramme. Toutes les formes de communication comptent.
Questions fréquentes
Mon enfant de 2 ans ne parle pas : est-ce forcément grave ?
Non, pas forcément. Certains enfants parlent tard puis rattrapent leur retard, mais on ne peut pas le savoir à l'avance : en parler au médecin est toujours justifié, et commencer la CAA ne comporte aucun risque pour la parole.
Mon enfant ne touche pas son tableau : que faire ?
Continuez à montrer l'exemple sans rien exiger, vérifiez que les mots proposés l'intéressent vraiment, et répondez à toute tentative. L'apprentissage passe d'abord par l'observation.
Qui peut m'aider à mettre en place la CAA ?
L'orthophoniste est le professionnel de référence, mais vous pouvez commencer seul avec quelques pictogrammes et la modélisation, puis construire le projet avec l'équipe qui suit votre enfant : voir Mettre en place une CAA en équipe.
Pictalk Buddy réunit tableaux de CAA, agenda visuel, séquences guidées et cahiers de vie, avec les mêmes pictogrammes, sur Android, iOS, le web et la montre. Application à prix libre, développée par une association. Découvrir Buddy
Sources
- Beukelman, D. R. & Light, J. C. (2020). Augmentative & Alternative Communication (5e éd.). Brookes. Études citées : Bloom, 2000 ; Fallon, Light & Achenbach, 2003 ; Johnson et al., 2006 ; Laubscher & Light, 2018.
- Owens, R. E. (2005). Language Development: An Introduction. Allyn & Bacon.
- Haute Autorité de santé (2020). Troubles du neurodéveloppement : repérage et orientation des enfants à risque.
- Grille « Détecter les signes d'un développement inhabituel chez les enfants de moins de 7 ans ».
- handicap.gouv.fr : Les plateformes de coordination et d'orientation (PCO).